Sans interruptions de pensées, le regard fixe sur ce plafond blanc. Et ses ondulations traînent mon corps dans la perte du temps. Les notions partent, ne sont plus que floues. L'esprit divague à travers un air de Janis Joplin. Une semi obscurité me rappelle à l'écriture, souiller les feuilles à l'encre de mes mots. De cette encre maladive, cet exutoire indispensable. Une tâche noire à gauche des ondulations me revient en tête. Seule entourée du blanc. Ou le poète maudit agressé par la société. C'est un sentiment de fatigue qui s'accroche à mon être aujourd'hui. L'âme est percée de toutes parts, le stress l'irrite et la décourage dans le même temps. Fondre de désillusions au soleil. Emportée par le regret de la solitude. De reconnaître enfin que les autres constituent son poids et peut être sa différence. Que le mal être lui provoquant de sombres envies vient de cette relation à autrui, de ne pas parvenir à s'ouvrir. Intérieurement, ce n'est pas faute d'avoir essayé. Mais si, distinctement, je vous disais que je vais mal, que pourriez vous répondre ? Pourrais-je vous expliquer ce sentiment étouffant qui s'imbibe et gonfle en moi ? Ce sentiment ainsidieux, qui aime à revenir me lacérer de ses écorchantes cordes. Il me blesse petit à petit, de façon tellement continuelle que je m'y habitue. Je deviens introvertie et ne cherche plus à m'imposer à vous. Alors je me tais, et observe. La dynamique des gens me fascinent. Ils passent et repassent. Ne font que passer. Vous me tuer à passer. J'ai l'impression qu'on vit en version accélérer, mais que je n'ai pas la force d'avancer. Une envie déchirante d'hurler me tenaille. S'il vous plaît, arrêtez. Je ne veux pas être oubliée. L'agonie des sens. Mon utopie s'acharne à me transporter loin de vous, dans un brouillard rassurant, où s'entremêle les passions les plus incongrues, les plus inutiles, mais paradoxalement si essentielles. Je vais regretter d'avoir écrit ce texte. J'en arriverai à me détester encore plus, tu verras. Se faire violence pour dissimuler ne pourra pas fonctionner éternellement. La contemplation du passé comme du futur forme des images abstraites, indéchiffrables. Hier, elle m'a dit qu'on ferait mieux de vivre au jour le jour. Oui, mais ce n'est pas possible, vois-tu ? Trop de choses sont bloquées dans ce corps. Et puis je marchais, j'ai remarqué qu'il gelait en été. Un paradoxe. Il paraît tellement futil, inapproprié. Je m'arrête au milieu d'un chemin, celui sur lequel tes pieds ont certainement foulé quelques feuilles mortes. Le vent s'agrippe à ma chemise, j'ai l'impression terrible qu'il veut me forcer à avoir mal. Il me retient à toi, encore. Il me hurle d'ouvrir les yeux, d'affronter son regard qui me fait vaciller. Il me noud, me tort et me meurtrit la chair, me broie, oui parce qu'aujourd'hui il est temps de voir. Tu t'en vas. Et aussi pathétique que cela puisse paraître, j'ai peur. Cette peur qui me tenaille l'esprit autant que le corps. Elle m'empêche de crier, pour oublier, évacuer les sentiments bien trop enfouis. C'est vrai, je n'ai même pas essayé, la lâcheté qui me colle à la peau a rejailli. Elle est la vision d'une nouvelle porte qui me fait tomber. Mes genoux heurtent le sol, une vague de poussière passe, mes mains osseuses agrippent mes cheveux jusqu'à les arracher. La lumière éclatante sur le sol et brouillée de fines gouttelettes d'eau. Tout part, tout se détache de mon corps, ce sont les lambeaux de mon âme. Vivre sans c½ur, dans la froideur. Mon c½ur est gelé, mon corps est gelé, je gèle en plein été.